Burundi: un Etat en faillite

Chris Musema, Girijambo.info, 12| 09|2017, Bujumbura. Un Etat failli est un Etat dans lequel rien ne fonctionne correctement et qui ne parvient pas à assurer ses missions essentielles, particulièrement le respect des droits humains. Cette faillite se manifeste par une diversité de symptômes découlant de l’absence d’un contrôle minimal de l’espace politique et économique, C’est-à-dire une incapacité à préserver l’ordre, à garantir la sécurité de la population, à canaliser ses demandes et susciter la loyauté de celle-ci, donc à normaliser ses relations sociales. Voilà où on en est depuis que le despote Pierre Nkurunziza a décidé de briguer un troisième mandat illégal et illégitime.

L’entreprise phare du pays, la Brasserie du Burundi, a des difficultés d’approvisionnement en matières premières étrangères par manque de devises et suite à la pénurie de carburant. Suite à cela, ses produits sont devenus rares sur le marché

En effet, il est de notoriété publique que depuis que l’aide publique directe a été suspendue par les principaux pays donateurs (14 mars 2016) à la suite des violations graves des droits humains cumulées avec  la violation de l’Accord d’Arusha de 2000 et la Constitution de 2005 qui en découle, tout cela par Pierre Nkurunziza, le Burundi vit une crise économique et financière sans précèdent. Selon le Fond Monétaire International (FMI), le Burundi est devenu le premier pays le plus pauvre du monde depuis 2015 avec un PIB de 315,2 dollars par habitant. En 2016, selon toujours les chiffres du FMI, le Burundi a enregistré une croissance négative passant de 4,5% en 2015 à moins (–) 7,1% en 2016. Au mois de mai 2017, la dette intérieure s’élevait  à 1200 milliards de Fbu dont 700 milliards de Fbu comme avances de la Banque de la République du Burundi (BRB) à l’État, ce qui est pourtant  interdit par la loi; 400 milliards de Fbu comme bons et obligations du trésor sur les banques et les entreprises ainsi que 50 milliards de Fbu composés essentiellement des arriérés que l’Etat doit au secteur privé. Le coup est très rude pour le pouvoir de facto de Bujumbura même s’il cherche à minimiser son impact. Il est clair que la récession est là et on en voit les effets. Avec un budget national 2017 réduit de 25%, le gouvernement envoie des émissaires incompétents et souillés de sang à la recherche de nouveaux partenaires mais aucun Etat au monde n’est à mesure d’investir au Burundi dans les conditions économiques et politico-sécuritaires actuelles. Quelques exemples pour illustrer cette situation:

C’est devenu une habitude, une pénurie de carburant frappe régulièrement la capitale Bujumbura et le reste de l’intérieur du pays. Il faut toujours attendre le paiement des militaires burundais en mission de paix en Somalie (AMISSOM) pour trouver le minimum de devises nécessaires pour l’importation de l’or noir. Les stations-services peinent à satisfaire des foules d’automobilistes qui s’agglutinent par dizaines pour être alimentés en essence. Une situation chaotique qui pèse sur le quotidien des Burundais ainsi que son économie. Les responsables politiques préfèrent donner des explications qui ne tiennent pas la route pour justifier les  causes de cette pénurie mais les Burundais ne sont pas dupes, ils savent que la cause principale du manque du carburant à la pompe est la rareté des devises étrangères à la banque centrale ainsi que l’incapacité de l’État à rembourser les dettes qu’il a envers les importateurs pétroliers.

Le secteur de l’hôtellerie n’est pas aussi épargné par cette crise consécutive au 3ème mandat de Pierre Nkurunziza tout comme l’industrie, le bâtiment et les travaux publics (BTP). Depuis avril 2015, la plupart des hôtels de Bujumbura ont fermé ou réduit sensiblement leur personnel. Certains sont en voie d’être saisis par les banques d’autres ont déjà eu une série d’avertissements. Dans le domaine du commerce, le fossé entre importations et exportations s’est largement creusé. Par le passé, ce fossé était comblé par les apports extérieurs, sous forme de dons. Par voie de conséquence, le manque criant de devises fait que l’économie soit au point mort. Les difficultés pour les grandes sociétés industrielles et les hommes d’affaires à pouvoir importer des matières premières et des marchandises ont pour effet la rareté des produits sur le territoire, ce qui entraîne l’augmentation des prix sur le marché. Le cas actuel des produits Brarudi est exemplatif.

Le pays manque cruellement de devises. La descente aux enfers est amorcée depuis la violation de l’Accord d’Arusha et la violation de la Constitution en 2015. La descente aux enfers ne fait que continuer.

S’agissant des banques, le nombre de demandeurs de crédits a fortement diminué depuis 2015, ils se comptent sur le bout des doigts et les institutions bancaires ne sont pas motivées à leur octroyer de nouveaux crédits. Tant Il est aussi vrai que peu de gens demandent actuellement des crédits d’investissement, les crédits courants  sont ceux de consommation pour les salariés. Ils sont contractés pour liquider les encours empruntés dans d’autres banques de la place. Il faut  noter également  que les activités économiques du secteur privé fonctionnant au ralenti et sans nouveaux investissements, le taux de recouvrement des crédits octroyés avant la crise d’Avril 2015 devient trop faible et les banques sont obligées de provisionner ces impayés (créances douteuses, créances irrécouvrables) pour garder leurs ratios de liquidité et de solvabilité. Nous apprenons que le taux de créances non remboursées est aujourd’hui estimé à 30%.

Dans cette situation de non-octroi facile de crédits aux privés par peur de leur insolvabilité, les banques burundaises sont devenues trop liquides même si les conséquences de la pénurie d’électricité et du carburant au niveau du pays ont  augmenté les charges dans le secteur bancaire. A ce sujet, les groupes électrogènes fonctionnent presque 5 jours sur 7 dans certaines banques. Selon un employé de la Banque de Crédit de Bujumbura (BCB) qui a  requis l’anonymat, il est arrivé par exemple que par manque de carburant, la BCB soit obligée de fermer 4 agences de la ville tout un après-midi. A défaut d’octroyer des crédits aux particuliers, la plupart de banques se rabattent sur l’achat des BONS du Trésor émis  chaque semaine par l’Etat du Burundi sur un taux de 10%. Ainsi, une banque commerciale  peut gagner des bons du Trésor pour un montant de 20 milliards de BIF par semaine, ce qui lui rapporte un gain de 20 millions de BIF.  Les transferts des devises vers l’étranger sont presque arrêtés, à cause de leur rareté. Les quelques transferts de devises autorisés sont ceux  des personnes qui vont se faire soigner à l’étranger ou ceux qui vont payer les frais de scolarité de leurs enfants qui poursuivent leurs études à l’étranger. Dans les deux cas, le transfert de ces devises ne peut pas dépasser un montant équivalant à 3 millions de BIF, soit à peu près 1.110 Dollars USA. A noter que le client doit participer dans ce cas  à hauteur de 50% de la somme d’argent en  devise  pour laquelle il demande le transfert. C’est à dire que le client doit aller d’abord chercher au marché noir les devises équivalentes à la moitié de ce qu’il veut transférer et ce n’est qu’après que la banque lui donnera l’autre moitié. Même ici, tout n’est pas gagné pour le client car la banque octroiera cette moitié de la somme à transférer en devise en fonction des devises disponibles. Tout cela parce que c’est uniquement la Banque de la République du Burundi (BRB) qui possède le monopole de l’entrée des devises. En effet toutes les organisations internationales ont l’obligation légale d’ouvrir les comptes en devises  à la BRB.

On observe une chute de la valeur de la devise nationale. Même sur le marché noir, les devises commencent à se raréfier

Une autre conséquence de cette pénurie de devises dans les banques commerciales burundaises est que les crédits documentaires (crédocs) pour les importations qui jadis étaient une autre source d’entrée sûre de devises, en termes de commissions, dans les banques commerciales n’existent presque plus. Avant la crise, pour faciliter les importations, une banque commerciale comme la BCB par exemple ouvrait des licences d’importation pour les clients et chaque jour la BCB devrait donner des  listes de ces licences d’importation à la BRB qui à son tour mettait à disposition les devises pour clients importateurs et la BCB avait sa commission en devises pour chaque licence d’importation fournie à la BRB. Aujourd’hui cette procédure est encore en vigueur mais avec beaucoup  moins d’importateurs. La BRB octroie  de temps en temps des devises à ces importateurs mais souvent c’est désormais elle-même qui fournit les listes des importateurs qui auront droit à ces devises. Ainsi les banques commerciales viennent à manquer leurs commissions d’intermédiation entre leurs clients et la BRB. Constat amer: dans cette nouvelle façon d’agir de la BRB, le favoritisme et la corruption s’invitent dans l’octroi des devises. Seuls les proches de l’oligarchie politico-militaire au pouvoir ont droit au peu de devises disponibles. Nous nous gardons de publier leurs noms aujourd’hui.

A bon entendeur, salut !

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