Les Burundais, ont-ils les dirigeants qu’ils méritent? Partie 1

En paraphrasant la citation du philosophe Français Joseph de Maistre (1698-1760) prétendant que “toute nation a le gouvernement qu’elle mérite” et en portant une réflexion décomplexée qui va au-delà de son contexte historique, il est de notre devoir en tant que citoyens Burundais de comprendre et transcender le jeu démocratique à travers les enjeux électoraux et électoralistes qui se profilent à l’horizon. Il s’agit en effet de mettre la loupe sur la relation obscure et parfois incestueuse entre les notions démocratie et élection dans ce qu’elles ont d’intriguant, à la lumière d’une actualité à la fois riche et déprimante.

Si le concept de démocratie a été souvent utilisé et subtilisé au-delà de son domaine de définition par moult d’acteurs (groupe d’individus ou puissances X, Y), la logique voudrait qu’on puisse partir de son sens anatomique avant de comprendre sa portée. Larousse définit la démocratie comme système politique, forme de gouvernement dans lequel la souveraineté émane du peuple.  Etymologiquement, le mot démocratie vient du grec dêmos, peuple, et kratos, pouvoir, autorité. La démocratie est le régime politique dans lequel le pouvoir est détenu ou contrôlé par le peuple (principe de souveraineté), sans qu’il y ait de distinctions dues à la naissance, à la richesse, à la compétence (principe d’égalité)… Si démocratie, il y a, ce concept crée un lien de responsabilité interactif entre le peuple et celui/ceux à qui il lègue ses pouvoirs tout en gardant le contrôle de cette responsabilité. Ce contrôle s’exerce à travers les élections libres et transparentes, exprimant ainsi une manifestation souveraine de se choisir son ou ses représentant(s).

En outre, il arrive que le peuple perde ce contrôle et le rapport entre le peuple et son représentant s’inverse et devient alors comme un lien de vassalité, entre un esclave et son maitre.  Abraham LINCOLN (1809-1865) -16e Président des Etats-Unis, illustre bien ce lien lorsqu’il dit “de même que je ne voudrais pas être esclave, Je ne voudrais pas être Maitre. Telle est ma conception de la démocratie, tout ce qui en diffère, et la différence est d’autant plus grande, n’est point de la démocratie”. Si Lincoln compare la notion de démocratie à la relation maitre/esclave dans sa citation, il faut souligner que ce fut pendant sa présidence que la traite des esclaves fut abolie aux Etats-Unis.

Cependant on ne peut ne pas s’appesantir sur la conception de la démocratie de cette illustre personnalité américaine sans en faire un parallèle avec le vocable “SINDUMUJA” -je ne suis pas esclave en kirundi-  qui a polarisé le climat politico-médiatique de la crise actuelle du 3e mandat.

A la quête de la légitimité des urnes à tout prix ! Et à quel prix ?

Si le principe selon lequel le peuple est la seule source de légitimité du pouvoir démocratique, ce principe est souvent mis à rude épreuve par un arsenal d’outils matériels et immatériels dont la légalité fortement contestable est mis en place par un pouvoir ayant un intérêt particulier dans ce processus. Cet arsenal est à vocation d’influer sur le résultat de cette élection. Victor Hugo Artiste, écrivain, poète Français (1802-1885) en sait quelque chose, puisqu’il dit: “Mais l’isolement n’est pas possible en temps d’élections, pas plus que la solitude au milieu d’un champ de bataille”. En principe, ce principe a le mérite de fédérer unanimement du résultat à posteriori, si le processus électoral se déroule à  priori de façon objective et transparente.

L’obsession et la hantise du processus électoral en Afrique en général et au Burundi en particulier laissent derrière elles respectivement un terrain fertile et miné pour une victoire future selon que l’on détient le monopole régalien de l’organisation de ce processus.

A titre comparatif, considérant la manière dont elle a été mise en place et la pression qu’elle a ensuite subie, on peut estimer que la  Commission électorale Kenyane –IEBC- s’est comportée à 99% des cas de la même façon que la CENI, sa jumelle Burundaise, en ce qui est de sa performance ou l’impression ressentie par l’opinion sur la légitimité du résultat après les élections. Toutes les deux institutions ont été affectées par les pressions de nature à délégitimer le résultat du processus ; car les 38% du corps électoral, ayant voté pour KENYATTA, sont hélas largement suffisants pour lui rappeler qu’il est un Président mal-élu de la même manière que le forcing de la candidature de NKURUNZIZA et moult pressions et menaces que ce dernier ait fait subir à la CENI sont de facteurs qui lui donnent le même sentiment d’être un mal-élu, un complexe d’infériorité qui depuis, le dissuade de prendre un avion et sortir du pays. N’est-il pas, François RENE (1768-1848), Vicomte de Chateaubriand qui a dit dans ses Mémoires d’outre -Tombe que : “Lorsqu’on avance que la légitimité arrivera forcement, qu’on ne saurait se passer d’elle, qu’il suffit d’attendre, pour que le ‘pays’ à genoux vienne lui crier merci, on avance une erreur”;  comme pour dire qu’on peut voler une élection mais jamais une légitimité …

… Qui veut voler une élection, s’approprie son exclusivité …

Actuellement, l’opinion publique a les yeux hagards en constatant avec amertume que le seul projet de société viable mis en place par l’élite issue des élections de 2015 semble être la préparation des élections de 2020 ! Sinon comment interpréter l’instauration d’un cadre légal et institutionnel aux allures électoralistes au lendemain des élections de 2015 ? La communication actuelle présidentielle et institutionnelle au sens plus large n’est-elle pas digne d’une campagne électorale ! James Freeman CLARKE (1810-1888), Théologien Américain résume le drame politique burundais dans sa célèbre citation: “La différence entre un homme politique et un homme d’Etat est la suivante: le premier pense à la prochaine élection, le second à la prochaine génération.”

En 55 ans d’auto-détermination du peuple, la nation Burundaise ne peut se targuer d’avoir eu que deux hommes d’Etat, le prince L. RWAGASORE, père de l’indépendance et le héros de la démocratie, le Président M. NDADAYE. En constatant avec désolation la manière par laquelle leur héritage socio-politique a été spoliée parfois dans le sang par une course effrénée à la quête des intérêts sectaires, ces héros doivent se retourner dans leur tombe respective lorsqu’ils voient des rapports des partenaires internationaux qui mettent en évidence des contreperformances dans la lutte contre la pauvreté ou des rapports qui mettent à nu la corruption et détournements de biens publics, les “Panama papers” et qui sait encore quels autres papiers de la presse internationale nous révèlera les crimes économiques de nos élus! Le philosophe Français Charles Louis de Secondat, dit Montesquieu (1689-1755) n’a-t-il pas dit dans ses écrits (De l’esprit des lois – 1748) que : “Il n’y a point de plus cruelle tyrannie que celle que l’on exerce à l’ombre des lois et avec les couleurs de la justice.”

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