La vérité sur l’échec de la révision constitutionnelle du 21 mars 2014. Partie 1

A l’attention de nos lecteurs ! 

Ce récit est le fruit d’une enquête approfondie de la rédaction PPD Girijambo. Après vérification et recoupement, le PPD Girijambo a estimé qu’il était nécessaire que ces révélations soient portées à la connaissance de l’opinion, dans l’espoir qu’elles pourront servir de leçon aux législateurs actuels. Vive la démocratie au Burundi! Girijambo. 

Un clin d’œil pour les députés d’Amizero et tous ceux qui sont contre la modification  de la constitution en cours.

Plus têtu que Pierre Nkurunziza, tu meurs! Il savait bien que tout le monde l’attendait sur ce terrain, mais hier comme aujourd’hui il choisit de franchir le Rubicon, une façon propre à lui de défier, voire de provoquer ses adversaires. Pour la deuxième fois en effet, Nkurunziza veut en finir avec l’Accord d’Arusha en modifiant la Constitution de mars 2005 qui en est issu après plus d’une décennie de guerre civile. Que des milliers de morts et d’exilés, que des efforts fournis par les Burundais et des amis du Burundi pour aboutir à ce compromis! Le fait est que ce tyran de Buye veut régner à vie et en maître absolu sur le Burundi à l’instar des anciens monarques dont il ne cesse d’évoquer la bravoure et l’héroïsme. Pourtant, même le plus petit des Burundais sait que ce criminel hors norme n’a rien des qualités de ceux qui ont fait du Burundi ce qu’il fut : un pays de lait et de miel.

Il a fallu l’intégrité et le courage de certains élus pour faire échouer la volonté macabre de Nkurunziza: tripatouiller la constitution issue des Accords d’Arusha pour se maintenir au pouvoir.Photo: Honorable Pie Ntavyohanyuma, Président de l’Assemblée Nationale d’alors, qui a œuvré pour sauvegarder la constitution. Lire aussi ici.

Il y a quatre ans, jour pour jour, Pierre Nkurunziza demandait à l’Assemblée nationale de 2010-2015 de modifier la Constitution tel que l’avait proposé le conseil des ministres du 10 octobre 2013 dirigé par Térence Sinunguruza, le premier vice-président de l’époque. Les articles visés étaient  essentiellement 96, 302 ainsi que la référence à l’Accord d’Arusha qui figure dans la partie préambule; le reste n’étant que du “décor”. Mais d’aucun sait que dans le cercle des radicaux du CNDD-FDD, il disait vouloir supprimer les quotas ethniques (60% hutu, 40% tutsi), qui font mal à beaucoup d’extrémistes “hutisans”. Son but était en réalité de s’attirer leur sympathie et leur soutien, se faisant passer ainsi pour le grand défenseur de la fameuse “cause hutu”. Seulement voilà, des hommes conscients et attachés aux acquis de cet Accord lui ont opposé une résistance ferme mais discrète. C’est ici l’occasion de révéler à l’opinion, le combat mené par ces braves élus du peuple durant les jours et les mois qui ont précédé l’échec de la révision constitutionnelle souhaitée par Nkurunziza et sa clique, dans l’espoir que cela serve de leçon aux députés actuels qui risquent d’être soumis à la même épreuve pour bientôt.

A l’origine, un projet de Constitution controversé atterrit au bureau de l’Assemblée nationale au lendemain de son “approbation” par le conseil des ministres. Un texte plein de ratures, de mots supprimés ou ajoutés, un document visiblement transmis sans qu’il soit retouché par le secrétariat général du gouvernement. Pie Ntavyohanyuma, le président de l’Assemblée nationale et les membres de la commission en charge des questions politiques constatent de graves lacunes dans le fond comme dans la forme du projet.

Faute de réponse de la part du gouvernement qui vient d’être remanié, la commission politique en collaboration avec le président de l’Assemblée préfèrent  suspendre l’analyse du projet, le temps de provoquer un débat public qui, espèrent-ils, allait décourager Nkurunziza dans ses ambitions. La stratégie produit les effets escomptés: la Présidence de l’assemblée nationale a organisé un atelier en concertation avec les présidents des partis politiques et les présidents des groupes parlementaires siégeant alors à l’assemblée nationale et ont arrêté l’organisation de cet atelier.

L’atelier à l’Assemblée Nationale faisait  en réalité suite à la décision prise conjointement par le Gouvernement et le Bureau des  Nations Unies au Burundi (BNUB) lors d’un précédent atelier organisé celui-là par M. Parfait Onanga-Anyanga, patron du BNUB, en vue de calmer la situation qui alors était très tendue à Bujumbura et dans le reste du pays.

C’est d’ailleurs aussi dans cet atelier organisé par M. Onanga-Anyanga et le Gouvernement qu’il y a eu le début des démêlés entre Busokoza et Nduwimana, démêlés qui ont été notamment à l’origine du renvoi du Gouvernement de M. Bernard Busokoza.

Une séance plénière parlementaire à l’hémicycle de Kigobe, siège de l’assemblée nationale du Burundi. Photo d’illustration

A l’issue des échanges  aussi riches que vifs des participants à cet atelier, le CNDD-FDD sort affaibli dans ses positions. Pour la petite histoire, aucun des ministres DD n’a pris part à ces assises y compris le très zélé Edouard Nduwimana qui pourtant faisait partie des rédacteurs de ce texte. Au lendemain de ces consultations pour le moins inédites, tous les observateurs sont d’avis que la révision constitutionnel proposée par Nkurunziza et son parti vient d’être désapprouvée par la grande majorité des catégories socio-professionnelles burundaises. Il avait été convenu en effet que  même les quelques dispositions qui semblent caduques ou nécessitant une quelconque modification  devaient faire objet de discussion dans un contexte apaisé et sans spéculations électoralistes des uns et des autres. Mais Nkurunziza et sa clique de généraux n’avaient pas dit leur dernier mot. Dans une rencontre organisée au palais de Ngozi, dans la foulée de l’atelier de Kigobe, ces derniers décident que leur valet, Nyabenda Pascal doit rendre publique l’intention de Nkurunziza de briguer son troisième mandat. “Ntaco twaronse tutarwaniye, nivyaba ngombwa n’uru tuzorurwana (nous n’avons rien eu sans nous battre, s’il s’avère nécessaire nous allons mener une autre bataille)” a  indiqué feu Adolphe Nshimirimana au cours de cette séance. Sans doute ne s’imaginait-il pas que cette bataille allait lui coûter sa vie!

C’est à Gatumba, non loin de la capitale Bujumbura, à quelques kilomètres seulement des résidences des diplomates occidentaux, que Nyabenda est envoyé par Nkurunziza pour officialiser son souhait de violer la Constitution et l’Accord d’Arusha. Quand Nyabenda dit: “le président Nkurunziza a été élu au suffrage universel direct une seule fois, rien ne l’empêche donc de briguer un autre mandat…”, la consternation est totale au sein des militants DD. Pas d’applaudissements, les uns et les autres se regardent, la surprise est générale mais le garçon de course vient d’accomplir sa mission oubliant toutefois que le plus dure est à venir.

La rédaction.

Très prochainement dans la  2ème partie de ce récit: Le difficile choix entre référendum et vote de l’Assemblée nationale.  

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